Ma foi...
Non pas une volonté de convaincre qui que ce soit, juste l'envie de témoigner de ce qui est essentiel pour me comprendre... mon amour pour Dieu.
![]()
Je suis aujourd’hui très profondément croyante... pourtant il n’en a pas toujours été ainsi, enfin du moins pas autant... Certes j’ai été baptisée très jeune (à 2 mois je pense) , ma maman est profondément croyante, mon papa ne sait pas trop mais plus il est loin de l’Eglise et mieux il se porte à mon avis... petite, comme tout le monde, on m’a forcé à aller à la messe où je m’ennuyais beaucoup, et on m’a mise au caté... j’aimais bien le caté comme j’aimais l’école à cet âge, je retenais tout ce qu’on me disait mais je ne comprenais pas toujours et surtout ça restait très très théorique... déjà au collège j’étais « l’envoyé spécial du Vatican » qui essayait de répondre aux questions de mes copines sur la religion... en fait jusqu’à 16 ans, je me suis jamais posée aucune question quant à l’existence de Dieu, ma mère y croyait donc ça devait être vrai un point c’est tout...
Ceci dit j’ai commencé à pressentir que c'était un engagement personnel ma foi pour la première fois en 1997 aux JMJ de Paris... j’avais 14 ans à l’époque et j’étais trop jeune pour y assister normalement... Puis le cardinal Lustiger, l’archevêque de Paris a décrété que les moins de 17 ans pouvaient assister aux JMJ s’ils étaient accompagnés d’un membre de leur famille, ni une ni deux je suis montée direct à Paris pour assister à la grande veillée (les JMJ se déroulent en 3 phases : 1 semaine dans un diocèse quelque part dans le pays d’accueil ; 4 jours de « festival de la jeunesse » ou des associations et des congrégations font des animations aux quatre coins de la ville organisatrice avec catéchèses le matin ; 2 jours de célébration dans un grand espace bien dégagé (en l’occurrence à Paris l’hippodrome de Longchamp) avec la présence du Pape) on était entassés au soleil à plusieurs kilomètres de la scène centrale, les gens autour étaient plutôt égoïstes il faut le dire et pourtant dès que le Pape est arrivé, je sais pas je me suis sentie complètement transportée (et pourtant tout ce que je voyais c'était un tit truc blanc à plusieurs mètres) et j’ai vu autour de moi tout le monde agiter des foulards, danser, chanter, une vraie métamorphose de la foule encore abrutie quelques instants auparavant... Même chose à la fin de la veillée quand le Pape est parti (on chantait le Magnificat de Taizé, je crois que c’était la première fois que je faisais vraiment attention aux paroles...)
Puis je suis retombée dans une sorte de léthargie religieuse en reprenant ma vie quotidienne, j’ai fait ma confirmation, ai écrit soigneusement ma lettre à l’évêque en lui décrivant tout ce que j’avais ressenti ce soir là à Paris mais dans le fond pour moi ça n’avait été qu’un « moment de grâce » sans réel impact sur ma vie...
Et puis il y a eu l’entrée en première, une grande non-histoire d’amour qui a littéralement détruit tout ce en quoi je croyais... j’ai rejeté du même bloc idée du Prince Charmant, envie de faire des enfants, la croyance en l’amour et aussi ma foi en Dieu... j’allais quand même à l’aumônerie au lycée parce que les seules amies que j’avais au lycée c’était les filles de l’aumônerie (ma meilleure amie venait aussi alors qu’elle était complètement athée) et nous sommes parties avec l’aumônerie en pèlerinage à Taizé... Taizé est un lieu très particulier et je crois qu’il convenait alors exactement à ce que je cherchais... c'est un village en Bourgogne où vit une communauté œcuménique (c’est à dire qu’y vivent des frères catholiques, des frères protestants et des frères orthodoxes) et qui accueille des jeunes pour créer des connexions entre jeunes Européens et créer un « monde de paix »... bref mon séjour fut une véritable flambée de joie et de vie, j’y ai découvert ma future filleule, les italiens et surtout que tout de même le culte chrétien était quelque chose de fondamentalement beau... je m’ennuyais d’habitude à la messe mais là j’allais aux prières vraiment de bonne grâce...
L’été de la même année, avait lieu les JMJ à Rome... je m’étais bien sûre inscrite avec l’aumônerie surtout pour profiter de l’ambiance qui m’avait tellement plu la première fois... le voyage a été extraordinaire et je crois pouvoir dire qu’il a changé ma vie à jamais... j’ay ai rencontré un bus entier de gens de mon âge, avec les mêmes préoccupations et nous avons passé ensemble 15 jours de bonheur absolu... c’était la première fois que je me sentais en confiance au milieu d’un groupe et que je n’avais pas peur d’être moi-même... il y eut de nombreuses prises de bec tout de même avec les filles de mon groupe de départ, ce qui acheva de me souder avec ma future filleule et une autre fille avec laquelle nous formions « le trio infernal » toujours à chanter, taper des mains et... reluquer les italiens bien entendu
De façon qui peut paraître paradoxale mais qui ne l’est plus pour moi, Dieu a toujours été lié pour moi avec des histoires sentimentales... c’était à l’époque ce qui me décourageait le plus et ce qui me faisait me poser le plus de questions... donc je crois que c’est normal que ce soit par là que Dieu m’a touché plus directement... j’ai vécu de nombreux « miracles » pendant ce voyage, j’avais l’impression qu’il suffisait que je souhaite quelque chose vraiment très fort pour qu’elle se produise... nous avons retrouvé au milieu de 20 000 personnes le petit groupuscule d’italiens venant du village qui nous avait accueilli la première semaine « comme par hasard » pour donner un exemple...
La Veillée fut tout simplement magique, au moment de l’entrée de la célébration nous étions encore une fois très loin du podium donc pendant que le Pape arrivait j’étais allée chercher de l’eau à une espèce de fontaine au milieu d’une gadoue immonde... et sans l’avoir fait exprès je me suis retrouvée à quelques centimètres seulement de la Papamobile qui avait du changer son itinéraire pour laisser passer une ambulance... j’ai donc vu Jean-Paul II d’extrêment près... je ne sais pas comment décrire exactement l’aura qui se dégageait de lui, j’ai croisé son regard l’espace d’une mini seconde, je pense qu’il ne m’a mm pas vue (beaucoup de gens se précipitant vers la Papamobile en faisant flasher leur appareils, le pauvre était presque complètement aveuglé.) mais je sais que j’ai senti une chaleur m’envahir au plus profond de mon être... nous avons du ensuite nous exiler avec ma future filleule pour suivre la célébration, les autres filles du groupe étant occupées à draguer nos voisins de campement italien... nous nous sommes retrouvées au milieu de nulle part (enfin y’avait plein de gens autour de nous mais ct majoritairement des polonais donc on comprenait rien à ce qu’ils disaient) pour cette veillée et ce fut un moment très intense... à la fin le Pape a levé les bras en l’air (les images sont très célèbres depuis) et je crois que je me suis mise à pleurer (sachant combien "l’affaire Paul" m’avait rendu insensible, ça relevait presque de l’exploit !)... puis au cours de la longue nuit qui a suivi j’ai rencontre Francisco, un portugais de 5 ans de plus que moi, avec lequel il ne s’est strictement rien passé physiquement mais qui fut mon mentor spirituel pendant plus d’une année par la suite... (nous avons eu une longue relation épistolaire tous les deux, et je ne désespère pas de pouvoir aller le voir à Porto un jour ou l'autre)
Bref je suis rentrée chez moi transformée mais encore une fois la routine eut raison de mes sentiments mystiques... cependant je me suis engagée dans ma paroisse (surtout pour rendre service) et je chantais avec des copines de cathé à certaines messes... je me souviens très précisément de l’état dans lequel j’étais avant d’aller chanter (déprimée, goût à rien) et ensuite en revenant toute regonflée d’espoir et d’amour de la vie... bref c’était surtout à moi que ces séances rendaient service en fin de compte.
Je suis également retournée à Taizé cette année-là avec l’aumônerie, et cet endroit que j’avais tant aimé l’année auparavant s’avéra être un pur cauchemar... je en retrouvais pas mes sensations, les gens avec qui j’étais étaient très saoûlants, je me suis à moitié engueulée avec un prêtre qui me disait que j’étais une mauvaise catholique... la seule chose qui valait la peine, fut ma future filleule qui m’a beaucoup soutenu et qui m’a justement demandé d’être sa marraine de confirmation... ça me faisait très peur, sachant que j’étais plus ou moins en crise, que j’allais dans tous ses endroits avec elle principalement pour l’ambiance pis en fait j’ai fini par accepter... elle m’a fait très peur à sa confirmation parce qu’elle était totalement en pleurs et que moi ma foi, c’était super d’être sa marraine mais bon...
Le gros changement (irrémédiable) se produisit à l’été 2001, quand nous avons décidé d’aller à Taizé l’été « en trio infernal »... j’ai passé 15 jours de folie absolue... tout était à son paroxysme, les bonnes comme les mauvaises choses... j’ai cependant rencontré des gens complètement incroyables, j’ai raffermi mes liens avec mes les autres membres du « trio » et surtout j’ai rencontré Dieu ! (bon je vous préviens on arrive au passage complètement mystique mais j’assume)
Comme toujours ce fut au détour d’une histoire sentimentale foireuse qu’il apparu dans ma vie... en fait j’avais rencontré un charmant irlandais vraiment très charmant... nous passions quasiment tout notre temps avec lui et d’autres amis bien sûr mais bon il m’avait vraiment tapé dans l’œil... il avait aussi tapé dans l’œil de la dernière membre du trio mais là dessus y’avait pas d’embrouille celle qui l’aurait pas eu n’en aurait pas voulu à l’autre... sauf que... alors qu’il s’amusait et qu’il se sentait beaucoup en confiance avec nous, un soir alors que le trio infernal était resté dans l’église pour chanter pendant quelques heures, nous avons vu notre bellâtre irlandais arriver... accompagné... en gros il a quasiment conclu l’affaire devant nous... nous étions toutes les deux assez énervées et/ou mal en point... mon "infernale" amie (qui a une superbe voix cela dit en passant) entonna un de nos chants préférés, je fermais les yeux sentant la tristesse et la déprime m’envahir... sauf que pendant que je chantais, je sentis très distinctement un souffle passer dans mon cœur et quand j’ai rouvert les yeux, hop plus de tristesse tout ça était parti... je sais que c’était Dieu même si comme dirait un très bon ami très athé « ah ben en fait t’as juste un problème cardiaque ma grande »... j’ai une ou deux fois depuis ressenti le souffle et c’est inexplicable mais je SAIS que c’est Dieu... (bon heureusement apparamment on est plusieurs à ressentir la mm chose au moins si je suis atteinte d’une pathologie, chuis pas toute seule lol)
Donc au retour de ce voyage ma vie a réellement changé du tout au tout... je me suis investie de tout mon être dans la vie de l’église tant à l’aumônerie que dans ma ville... j’ai fait plusieurs conversions d’ailleurs (le pire c’est que c’est vrai) et je sais que si je suis aujourd’hui une fille aussi épanouie et sans complexe que je le suis (faut bien s’envoyer des fleurs
) c’est bien grâce à tout ça... j’ai même été récompensée de mes efforts étant donné que j’ai rencontré mon chéri à Toronto (les JMJ suivantes) [je précise bien que je ne crois pas en Dieu parce que j’ai rencontré mon copain (je l’ai déjà entendu et je trouve ça très dangereux !) mais cette rencontre est une des conséquences de ma foi...] qui a une foi très différente de la mienne mais le fait que nous puissions partager cela est un vrai bonheur et une des raisons d’être de notre couple...
Je tiens à préciser que ma vie n’est pas en totale adéquation avec l’idéal exprimé par l’Eglise mais que ma foi est profonde et sincère et je crois que c’est ça le plus important... j'en suis même sûre !
****************
Annexe : L'Eglise et la sexualité...
A la suite d'une demande d'une de mes lectrices, j'ai donc approfondi ce point...
Donc déjà citons nos sources : 2 principales : L'amour et la sexualité dans la Bible (photo) de Pierre Debergé (que je te conseille Hesyn plutôt que le pavé à Jean-Paul, très intéressant au demeurant... disons que le pavé sert plus à creuser les principes) et Se préparer au mariage (tout un programme) textes choisisi du Pape (à l'époque Jean-Paul II)(j'te le conseille aussi Hesyn, là t'as les grandes lignes)
Et ensuite tous les intervenants divers et variés que j'ai pu croiser lors de mes différentes années de catéchèse (collège) et d'aumônerie (lycée)...
Sans oublier le site www.inxl6.fr qui m'a beaucoup aidé à choisir une "contraception"...
Donc déjà, et de par mon expérience personnelle et les deux lignes que je viens d'écrire au-dessus, mettons une chose au clair : le sexe n'est pas tabou dans l'Eglise catholique... j'ai passé mon année de caté de 4ème à réfléchir sur le sexe (super adapté à notre âge je trouve) et au lycée chaque année on avait minimum une conférence sur le sujet... avec une responsable qui voulait qu'on prenne toute la pilule pour qu'on soit "épanouies"...
En gros depuis les années 90, les catholiques se sont réconciliés avec le corps et ce qui lui a trait, grâce à l'action d'un outsider aux yeux des médias d'aujourd'hui : notre ami Jean-Paul II... car Jean-Paul II dans les années 70 (lorsque qu'il n'est que Karol Wojtyla (à vos souhaits)) écrit Amour et responsabilité, où il développe ses idées contractées auprès des adolescents de l'aumônerie dont il avait la charge à Varsovie, idées qui influencèrent très fortement Paul VI, auteur de l'encyclique Humanae vitae sur le "mariage et la régulation des naissances" promulguée en 1968... juste histoire d'enfoncer le clou, le plaisir sexuel (masculin ET féminin) est clairement accepté dans cette encyclique et le pape le reconnaît comme l'un des éléments importants de la vie d'un couple marié...
Mais commençons au commencement... Jean-Paul II révolutionna donc en son temps la perception du corps... le Christ est le personnage central de la foi catholique et c'est sa nature qui permet à Jean-Paul II de réhabiliter le corps... en effet les chrétiens (donc les catholiques) croient au Christ comme incarnation de Dieu, le Christ est Dieu fait homme... dès lors la réalité du corps de l'homme a été pleinement vécue par Jésus - donc par Dieu - celle-ci est donc sacrée... on lui doit le respect donc un code moral lui est associé... la sexualité est vue comme un don de Dieu - tout comme le corps - elle n'est donc pas mauvaise en soi... c'est l'attitude de l'homme vis-à-vis de sa sexualité qui est la cible du discours moral de l'Eglise.
Il se trouve que Jésus n'a jamais donné aucune loi concernant la sexualité... si ce n'est sa réaction vis-à-vis d'une femme adultère prête à être lapidée : "que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre"... les principes moraux édictées par l'Eglise sont donc le fruit des hommes, en connaissance de la Parole de Dieu et ce sont donc des interprétations... ce qui peut expliquer que tout à coup dans les années 70, et au vu de l'évolution de la société, le Pape de l'époque ait remis en question des anciens principes... il y a donc une évolution possible de la position de l'Eglise dans une certaine mesure. Nous verrons plus loin les points où à mon sens l'Eglise catholique ne pourra jamais changer d'avis... qui plus est le Pape se dresse en "éclaireur" pour le catholique... sa parole est peut-être infaillible mais il n'empêche que chacun est seul face à sa conscience...
Le corps s'il est sujet de respect, parce qu'il est humain est également le lieu du "mal"... on revient à mes précédentes notes sur la "chair", qui si elle n'est pas "maîtrisée" entraîne l'homme sur une voie contraire à son épanouissement sur le long terme. Tous les plaisirs terrestres ont donc cette potentialité d'entraîner l'homme à sa perte s'il ne sait se mesurer, ce qui ne veut pas dire que l'homme ne doit pas savoir goûter ces plaisirs.
L'acte sexuel est donc considéré comme le moyen privilégié pour un homme et une femme (nous reviendrons sur la perception de l'homosexualité.) d'atteindre l'union, base de leur amour. Mais cette union, cet amour possède plusieurs dimensions. L'Amour, dans la conception chrétienne, est l'addition de deux principes : l'eros, le désir sexuel, et l'agapé (mot grec traduit en latin charitas), la charité. La charité, c'est l'amour dans sa dimension spirituelle, c'est celui que Dieu porte aux hommes, celui que chacun doit porter à son prochain. L'union d'un couple sera féconde si elle contient éros et agapé. Le bonheur du couple chrétien se construit donc sur ses deux amours imbriqués l'un dans l'autre.
L'éros, l'amour humain est éphémère, c'est sa nature même. A peine rassasié, qu'il se dresse de nouveau. Il menace donc l'intégrité de la personne, puisqu'il ne lui offre pas de stabilité, la précipitant sans cesse dans une course au désir. Pour lutter contre cet aspect d'éros, le chrétien peut s'appuyer sur la chasteté. La chasteté (qui n'est pas l'abstinence) se comprend comme une attitude respectueuse vis-à-vis des autres. Etre chaste, c'est savoir voir l'être en face de vous comme une personne dans ce qu'elle a de spirituel et non pas sa nature sensuelle.
Grâce à la chasteté, l'éros est débarassé de son instabilité et permet d'atteindre une union presque complète avec l'aimé. Avoir des relations sexuelles avec quelqu'un, c'est lui livrer une partie de notre intimité, de notre être la plus personnelle mais aussi la plus fragile. Un acte sexuel n'est pas anodin, il nous engage avec l'autre, il crée une alliance entre les êtres qui l'ont partagé. Jean-Paul II attribue au corps son propre langage dans lequel l'acte sexuel est un des canaux privilégiés par l'intimité qui l'accompagne. Cependant il nous faut être vigilent selon lui à ne pas "mentir" à la personne avec qui nous avons des relations sexuelles. Et n'est vrai que la relation engagée aux côtés de Dieu. Pour Jean-Paul II les relations sexuelles ne peuvent se penser qu'avec l'acte d'engagement devant Dieu pour permettre au corps de s'exprimer le mieux possible. L'acte sexuel est un don de soi à l'autre et ce don, pour qu'il signifie quelque chose ne peut être "à l'essai".
"De même qu'on ne peut vivre seulement à l'essai, ni mourir à l'essai, on ne peut aimer vraiment à l'essai."
Les relations sexuelles hors mariage ne sont donc pas un "péché mortel" mais un "mensonge" plus ou moins inconscient. Fait très important dans l'histoire de l'Eglise, Jean-Paul II en ce qui concerne le rapport au corps a déplacé le critère de la notion de bien/mal au vrai/faux. Autrement dit la question à se poser est la signification de l'acte sexuel accompli, sa véracité. Si cet acte est vrai, alors je dois ressentir le besoin de le signifier également à Dieu et au reste de ma communauté d'où le mariage. Les relations sexuelles avant le mariage sont également déconseillées car elle entraîne une dépendance vis-à-vis de l'autre qui peut influer sur notre choix de rester avec cette personne ou pas.
Une raison plus pragmatique de la nécessité du mariage avant d'avoir des rapports sexuels est bien entendu la perception de la procréation. Si tout acte sexuel n'est pas fécond, cette probabilité y est toujours présente et l'homme doit savoir en tenir compte. C'est la "responsabilité" indissociable de l'amour humain. Le don fait à l'homme par Dieu de l'acte sexuel est d'une part dans le plaisir mais aussi (et surtout) dans la fécondité potentielle de cet acte. L'homme a le pouvoir de créer et il lui faut respecter ce pouvoir car il le rend semblable à Dieu.
Je ferais une petite parenthèse sur cette notion de fécondité. Paul VI reconnaît que tous les rapports sexuels ne sont pas féconds, et ce du fait même de la nature. Une femme n'est fertile qu'une demi-dizaine de jours par mois. On peut donc "séparer" la procréation de l'acte sexuel en pratique mais on ne doit jamais oublier qu'en théorie ils sont liés. L'homme est un des seuls "animaux" à ne pas connaître de saison des amours, cela aussi est un don de Dieu, mais ne doit pas masquer la dimension principale de cet acte.
L'enfant, issu donc de cet acte est lui aussi vu comme un don. Le couple n'a pas de "droit à l'enfant", c'est Dieu qui donne la vie... dans le cas d'un couple stérile, l'Eglise n'accepte pas toutes les interventions possibles. On touche ici à une des prérogatives divines : décider de la vie (ou de la mort). Seul Dieu a ce droit pour le chrétien. Usurper ce droit, c'est se rendre coupable du péché, qui depuis Adam et Eve se comprend comme la tentation pour l'homme de se croire l'égal de Dieu. Le péché éloigne l'homme de Dieu et l'entraine vers sa perte.
Puisque la fécondité est un don de Dieu, l'Eglise n'accepte pas les moyens de contraception. Sauf si bien sûr ils sont envisagés d'un point de vue médical. S'ils correspondent à un désir de choisir, alors leur utilisation est un "péché". Toutefois étant donné qu'il est naturel (donc "pensé ainsi" par Dieu) d'être infécond, l'Eglise accepte l'idée d'une paternité responsable. La paternité responsable (il faut bien sûr prendre ce mot au sens général pas générique) c'est le fait de reconnaître la fécondité de l'acte sexuel et de prendre ses dispositions si les conditions ne sont pas favorables à la conception d'un enfant (en effet le couple a pour but la création d'un foyer permettant aux enfants résultants de son union de grandir dans l'amour et non pas n'importe comment). Non pas en "forçant" la nature à adhérer à ses desseins mais en la respectant.
En ce qui concerne l'avortement, bien évidemment il est impossible à l'Eglise catholique de l'accepter. Pour elle c'est une violation de la Loi de Dieu et du droit à l'existence de tout être humain. Nous sommes ici face à un très long débat et je pense qu'il n'y a pas grand chose à dire de plus sur la position catholique, qui est cohérente vis-à-vis d'elle-même. Personnellement je pense qu'il est tout de même indispensable d'avoir droit à l'avortement... c'est ensuite à notre libre-arbitre d'en décider, libre-arbitre donné par Dieu (et qui d'ailleurs a engendré le péché originel, il n'empêche que c'est une faculté humaine indéniable). Pour ma part, j'espère n'avoir jamais recours à ce droit.
Je veux aborder à présent la fausse polémique autour du préservatif. En ce qui concerne son usage en tant que moyen de contraception, pour les mêmes raisons que j'ai énoncé auparavant, l'Eglise s'y oppose.
En ce qui concerne son usage en tant que protection contre les MST et le SIDA, l'Eglise ne s'est jamais prononcée CONTRE. La conférence des évêques de France a ainsi jugé bon de préciser dans les années 90 que si l'un des membres d'un couple était séropositif, il devait utiliser un préservatif.
C'est l'usage préventif de celui-ci qui a donné lieu à une polémique qui pour moi n'a pas lieu d'exister. Tout le déballage médiatique est venue d'un discours fait par Jean-Paul II devant des jeunes Ougandais en 1993 :
Le lien sexuel de la chasteté est l'unique manière sûre et vertueuse pour mettre fin à cette plaie tragique qu'est le sida, et que tant de jeunes ont contracté.
C'est à partir de cette petite phrase (qui cela dit en passant est loin d'être fausse) que l'on a déclaré que le Pape était opposé à l'usage du préservatif... utiliser un préservatif n'est pas un péché, on ne vous excommunie pas pour ça... mais pour l'Eglise c'est une marque de défiance envers l'autre puisque normalement si vous mettez en pratique la morale qu'elle inculque vous n'avez de relations sexuelles qu'avec un seul partenaire. Le seul reproche qu'on peut lui faire est donc d'être un peu idéaliste. Or c'est la fonction de Pape elle-même qui demande précisément d'être idéaliste. Le Pape ne recommandera donc jamais d'utiliser des préservatifs pour prévenir contre le Sida. Le discours "faites ce que vous voulez mais protégez-vous" (qui est scandaleux moralement) c'est pas vraiment le genre de la maison.
Quant à l'accusation maintes et maintes fois entendues au sujet de l'Afrique, ce n'est pas tant le problème de l'opinion du Pape (que toute façon les jeunes Africains doivent autant mettre en pratique que les jeunes Européens) mais plutôt un problème culturel et surtout un problème d'accessibilité matériel. Et pour moi ce n'est pas un crime de proposer une solution efficace même si exigente.
Je ferais un dernier développement sur le sujet de l'homosexualité. C'est de toute ces pages le seul sujet sur lequel je suis opposée aux positions de l'Eglise catholique mais je sais qu'un jour nous aurons gain de cause. Donc pour l'Eglise, l'homosexualité est une maladie psychologique que dans l'absolu on peut guérir... à ce titre, les homosexuels ne sont pas refoulés des églises et l'être ne vous excommunie pas. Cependant en tant qu'homosexuel vous n'avez pas le droit de vous marier puisque le mariage doit être une union féconde et que les lois de la nature font qu'il faut deux sexes différents pour donner la vie. Et en ce qui concerne l'adoption, en raison du principe de l'enfant comme don et non comme droit, pour le moment celle-ci n'est pas plus acceptée.
Je suis donc farouchement opposée à cette conception de l'homosexualité. Pour moi, c'est très loin d'être une maladie, c'est tout simplement dans votre nature ou pas. Vous naissez avec et surtout vous n'y pouvez rien. En ce qui concerne le mariage, je suis plus partagée à ce sujet car il est vrai que dans l'absolu se marier religieusement implique la fécondité potentielle du couple... enfin pour moi ce sont encore des points à discuter. Je ne suis pas non plus sûre que ce soit sacrilège qu'un enfant soit adopté par deux hommes ou deux femmes. Même si je partage l'avis de ma maman sur le fait qu'un enfant a besoin d'avoir une entité maternelle et une entité paternelle, reste à savoir si celle-ci est sociale ou physique.
J'espère avoir été la plus claire possible. Je suis bien entendue encline à discuter de tout ce que j'ai développé ici. Si des choses restent dans l'ombre, n'hésitez pas à demander des précisions, je me ferais un plaisir d'aller prospecter pour approfondir tel ou tel point.
On a bien sûr le droit de ne pas être d'accord avec les principes décrits ci-dessus. Mais on ne peut pas les reprocher à l'Eglise catholique car ils sont ancrés dans une démarche logique qui "veut" le bonheur de l'homme. De cette "bonne volonté" de l'Eglise catholique je suis intimement persuadée de par mon expérience de pratiquante, des différents prêtres avec lesquels j'ai pu aborder le sujet, des théologiens ou de Jean-Paul II.
Commentaires
Commenter
(*) Ces champs sont obligatoires.
« 2005-2006, une année mystique... :: Like a tuna in the brine :: Regina Spektor - Soviet Kitsch »


Suivez une semaine à taizé en audio, mis à jour en direct ;) faire tourner l'info!!!
Par rom1 — 16 jui 2006, 00:34
Cet article est vraiment trés bien ^^ ça fait plaisir de voir quelqu'un qui parle de façon sensée de la religion. Je me reconnais un peu dans "ton parcours de recherche de la foi" (je sais pas si on peut appeler ça comme ça ^^) ça m'a aussi amenée à me poser beaucoup de questions à un moment de mon adolescence, étant donné que comme toi j'avais été élevée dans une famille plutôt pratiquante qui m'a influencée (messes, cathé, aumonerie...). Par contre je n'ai jamais été au JMJ ou à Taizé. Mais je pense avoir eu la sensation de l'existence de Dieu comme toi, pour des raisons cependant complétement différentes.
J'ai refusé de faire ma confirmation parce que, même si je sentais que j'avais la foi et qu'elle était sincère, je n'étais pas d'accord avec la conception de la religion qu'essayait de nous enseigner l'Eglise. Et puis surtout je desespérais de voir les autres de mon groupe faire cette confirmation juste parce qu'il fallait la faire... J'ai été trés déçue à ce moment là de ne pas pouvoir faire partie d'un vrai groupe de reflexion où on parlerait de la religion dans la vie de tous les jours et de comment on peut changer les choses grâce à elle.. Dans mon groupe, on ne faisait que de la méditation et des prières... et j'avais l'impression qu'on voulait nous faire croire à tout prix que si on ne suivait pas à la lettre le code catholique on serait jeté en enfer (bon j'exagère évidemment mais je ne pouvais pas accepter qu'on fasse passer des choix vis à vis de la religion comme des passeports pour le paradis. C'est sûrement pour ça que je ne crois pas à l'enfer etc... tout est tellement plus compliqué) Je me suis sentie trés seule à ce moment là et j'ai donc écrit une lettre au prètre pour lui expliquer pourquoi j'arrêtais tout, ne trouvant pas ce que je recherchais : une religion un peu plus philosophique et proche de nous, en tant qu'hommes et femmes du 21ème siècle. J'ai été marraine en compensation de l'amie que j'avais laissé toute seule dans ce groupe où nous étions si "incomprises" ^^
Tout ça pour dire que ça me fait plaisir de lire un article comme celui ci parce que j'y retrouve un peu ma conception de la religion et comme parfois je desespère de trouver des gens pour en parler vraiment.. c'est pour ça que j'écris un roman plus qu'un commentaire d'ailleurs (désolée ^^)
Je vais m'arrêter là même si j'ai milles autres choses à dire (surtout que je t'ai déjà harcelée par mail (oui c'est encore moi^^), alors si je continue par commentaires, ça va faire lourd lol)
Merci pour cet article
Par Violaine — 12 fé 2008, 22:57